KARINA BISCH & NICOLAS CHARDON

LES YEUX PHOSPHORES

15 janvier – 27 février 2015

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Dans leurs travaux respectifs, Karina Bisch et Nicolas Chardon s’inspirent de l’histoire de l’art, et plus particulièrement de la modernité au point d’en considérer les réminiscences formelles tel un vocabulaire plastique à disposition ; ce qui nécessairement entraîne une réflexion sur les discours ayant été rattachés à ces formes, et leur prégnance encore aujourd’hui. Karina Bisch développe une œuvre protéiforme qui entretient un rapport ambivalent au modernisme, mais non dénué d’humour. Dans la série Hana Briicks (2014), les peintures abstraites sont déduites de tissus imprimés aux motifs géométriques ; dans Acapulco (2009), les visages stylisés de Pierrot font osciller l’abstraction vers la représentation ; avec le masque-Mondrian (2005), l’Avant-Garde s’inscrit tel un récit mythologique, et ce dernier prend vie dans la performance Le témoin (2013) dont les costumes s’offrent comme des œuvres autonomes (Robe poème, 2013). Chacun de ces dérèglements catalysent «différents points d’entrées»* au sein desquels le travail métisse les références et les renvois historiques, culturels et personnels. Tous constituent des éléments de réponse à cette question que se pose l’artiste : «Peut-on être le Bauhaus à soi tout seul ?**». Le projet moderniste s’en retrouve vivifié d’une énergie pétulante et gracieuse.
Nicolas Chardon partage, lui aussi, cet intérêt pour le modernisme historique. Il s’amuse de l’abstraction géométrique en révélant par le tissu vichy, un geste archétypal : celui du peintre tendant sa toile. La rigueur géométrique, et les énoncés qui la supportent, se retrouvent déformés, étirés, comme flottants sur la toile (4 carrés noirs, 2008). Cet apparent «déclassement» fait de l’objet tableau le signe de la peinture comme pratique. Celle-ci, influencée par la légèreté des formes, part en balade comme c’est le cas avec l’œuvre 68 (2007) composée d’autant de carrés noirs d’un mètre sur un. Colonisant l’espace et s’y adaptant, sortant des lieux d’exposition, les soixante-huit peintures deviennent à leur tour praticables. Ces différentes actions viennent alors s’inscrire en creux sur les surfaces monochromes. Ces œuvres bousculent l’aspect programmatique des influences convoquées, et questionnent celles-ci à l’aune des formes nouvellement créées. Dans leurs précédentes collaborations There is a Love Affair Between the White Cube and the Black Square, Karina Bisch et Nicolas Chardon ont exploré la relation d’une étrange alchimie entre les deux topiques du modernisme. Avec Les Yeux phosphores, ils entament une nouvelle aventure au sein de laquelle, laissant les phares du XXe siècle derrière eux, ils s’engouffrent dans le XXIe les yeux pleins de cette lumière. C’est donc naturellement autour des notions de cassures, de dérives et de glissades que s’articule leur exposition à la Galerie Art & Essai. Celle-ci réunit un ensemble d’œuvres dans lesquelles les formes aux régimes référentiels basculent vers un devenir souverain et autonome. Les Yeux phosphores présente en grande majorité des œuvres peu voire jamais montrées en France telles : la Robe poème et cinq tableaux de la série Hana Briicks de Karina Bisch ; un dessin préparatoire au Noël Zaoum (Le carré noir a 100 ans, 2013) de Nicolas Chardon ; et trois œuvres réalisées en commun Berlin (2011), L’œil caco (2011) et YP (2014), un tout nouveau film.
Avec ce commissariat à quatre-mains, Karina Bisch et Nicolas Chardon adoptent la position du connoisseur et du critique, et prolongent leur réflexion croisée au travers d’une nouvelle situation plastique et poétique.

Charly Graviassy

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Née en 1974, Karina Bisch vit et travaille à Paris.
Né en 1974, Nicolas Chardon vit et travaille à Paris. Il est représenté par la Galerie Jean Brolly à Paris.

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* Entretien avec Julien Fronsacq, in Karina Bisch, 2005.
** Entretien vidéo d’Arte Creative disponible à l’adresse : http://ateliera.creative.arte.tv/bish-karina/

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Vues de l’exposition « Karina Bisch & Nicolas Chardon, Les Yeux Phosphores », Galerie Art & Essai – Université Rennes 2, 2015

© The artists
photo. gae. Courtesy the artists ; Galerie Jean Brolly, Paris