project room

FRANCIS RAYNAUD

ÉTHER

28 septembre – 10 novembre 2017  

Plus d'informations...

Éther (goût d’) : dans le bouquet d’un vin, ce sont ces notes évidentes d’alcool d’acétone, de vernis à ongle et de bougie.

 

Poussé par une envie constante d’expérimenter, Francis Raynaud (né en 1984 à Clermont-Ferrand) imagine toutes sortes de sculptures, d’objets et d’installations qui marient des éléments aussi hétérogènes qu’instables ou périssables. Chez ce dernier, il est toujours question de changements d’états ou de capillarités, et chacune ses productions propose au spectateur une expérience intrusive et dégénérescente de la matière.

John Cornu : Le gustatif, l’alimentaire ou encore l’idée de cuisine semble traverser une grande partie de ta pratique. Peux-tu nous éclairer sur les corrélations que tu opères entre ces deux domaines ? 

Francis Raynaud : J’étais cuisinier avant d’être artiste. J’ai pratiqué la cuisine et la sculpture. Ces deux pratiques se sont progressivement mêlées jusqu’à se fondre en une seule et même pratique. Faire de la sculpture comme de la cuisine. Une expérimentation au quotidien : du beurre en guise d’enduit, de la maïzena comme liant silicone, et du vin pour faire des sculptures (le changement d’aspect des sculptures en vin m’amuse d’ailleurs beaucoup). En somme, un aller-retour perpétuel entre la cuisine et l’atelier. Ensuite, ce travail a pris une forme plus complexe. À ce mélange cuisine / sculpture, j’ai ajouté des références anthropologiques, poétiques, littéraires, etc. tout en gardant l’idée d’un travail en mouvement fonctionnant par capillarité. D’un travail qui s’appréhende de plusieurs façons, dans lequel les mots ont la même importance que les matériaux (parfois les substances), et où finalement il est toujours question de nourriture. Il faut dire que j’ai aussi eu la chance de connaître un chef qui me laissait accéder à sa cuisine entre le service du midi et celui du soir. J’ai commencé en faisant des sculptures associant du sucre et du plâtre. Plus j’avançais, plus le sucre brûlait et plus la mélasse était noire. Comme j’étais dans une cuisine et non dans un atelier de sculpture, il me fallait adapter les outils et trouver des solutions. J’ai introduit par la suite des matériaux composites, et là il a fallu que je me trouve un atelier ! On est proche ici de la notion de bricolage définit par Lévi-Strauss — même si elle a été quelque peu déconstruite depuis  — soit « un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble n’est pas en rapport avec le projet du moment, ni d’ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures »1.  Et puis il y a le temps, le rythme de travail, une répétition infinie dont la finalité échappe aux créateurs. Mise en place, service, ménage. Mise en place, service, ménage.

De par leurs matériaux ou substances tes réalisations ont un caractère évolutif. Comment appréhendes-tu cette dimension ? 

Mes sculptures et installations sont le résultat d’une somme d’éléments. Les mélanges peuvent être simples comme du plâtre mélangé à du vin, ou plus complexes comme lorsque que je rehausse le dessin d’une sculpture au jus de betterave. Il y a très souvent des matériaux vivants, périssables. L’atelier est un véritable laboratoire. J’ai travaillé presque une année avec une collection de fluides, résidus issus de salons viticoles, restes de vernissages et de fêtes. Il y avait un tel mélange que je ne savais plus vraiment ce que c’était. Ça me rappelait un personnage d’un roman de Steinbeck qui servait au bar et qui collectait les fonds de verres dans une bonbonne pour se saouler la nuit. Il m’est arrivé également de travailler sur des pièces puantes avec du nuoc-mâm et autres fish sauces, c’était atroce. Certaines résines époxy dégagent d’ailleurs une odeur assez similaire… Mais il y a peut-être aussi une forme de provocation : produire un objet qui possède certaines qualités esthétiques et qui en même temps est dans un processus de putréfaction. Je pourrais citer ici Flaubert : « C’était comme une odeur de cuisine nauséabonde qui s’échappe par un soupirail. On n’a pas besoin d’en avoir mangé pour savoir qu’elle est à faire vomir »2. Ou le magnifique poème de Baudelaire titré Une charogne3. Cela dit, j’utilise ces productions-là avec parcimonie. Elles ne sont pas le sujet principal des travaux que je montre, mais en sont des éléments importants.

Tu considères tes œuvres dans une temporalité, un processus, une dynamique. Le format « exposition » est-il lui aussi considéré dans une logique évolutive ? 

Oui, il y a un avant et un pendant, l’après n’ayant que peu d’intérêt pour moi, même si il reste toujours quelque chose : des images, des impressions, des sensations. Lors d’une résidence à Tours en 20134, j’ai montré une exposition de deux mois qui changeait un peu tous les jours. Elle était composée de meubles et de sculptures. Il y avait aussi du vin dans des socles et un poulpe accroché à une manette de marionnettiste qui a fini par sécher après un moment de puanteur. J’ai alors considéré que l’exposition était ce tout : le bâtiment, les meubles, les odeurs, le poulpe et moi.

J’aimerais que tu nous parles plus largement de ton approche de l’exposition, et de la manière dont tu penses le passage de l’atelier au lieu d’exposition ? 

Il y a dans mon travail une forme de latence. Je fais en sorte que dans sa construction une pièce en appelle une autre et ainsi de suite (même si elles sont parfois formellement éloignées). Ce qui fait que pour certains projets spécifiques, il ne me reste plus qu’à dérouler. Je passe énormément de temps dans l’atelier. J’ai aussi beaucoup de notes. C’est assez facile pour moi de dégager des thèmes et d’en rendre compte lors d’expositions. L’assemblage reste assez personnel. Il m’arrive pour certains travaux de m’inspirer de faits réels ou mythologiques et de les présenter avec d’autres pour lesquels l’intérêt est purement esthétique. Tout est histoire de capillarités. Lorsque je travaille sur une exposition, des ouvrages littéraires m’accompagnent également, et donc des auteurs. Je me sers de la lecture comme certains artistes travaillent avec la musique. Cela m’aide à trouver une voie, un déroulé. Ces ouvrages peuvent être très différents : romans, essais de philosophie et d’anthropologie, etc. Après lecture des livres de Lévi-Strauss, je me suis par exemple intéressé à Dina Dreyfus, sa première femme, qui est l’instigatrice de son voyage au Brésil et qui est à peine évoquée dans Tristes Tropiques. Dina Dreyfus était une femme passionnante et secrète, voyageuse, résistante, romancière de polar et critique cinématographique. Je me suis servi de tout ça pour l’exposition « Foresta Dina »5. J’y présentais, entre autre, deux séries d’anneaux de rideau de douche moulés, la reproduction d’un dessin d’une revue anthropologique et une sculpture informe en sucre présentée sur le frigo des ateliers de Clermont-Ferrand.

Pour continuer sur tes modes opératoires, tu avais évoqué l’idée d’une composition avec une cheminée et un monstre lors une présentation de ton travail au Frac Bretagne. Comment organises-tu plastiquement le scénario sensible et intelligible de tes expositions ? 

Mes expositions sont les extraits d’un travail continu. Toutes les sculptures présentées découlent d’une seule et même réflexion avec des processus plus ou moins longs. Je peux présenter des pièces conçues à l’atelier mais j’aime aussi en faire des nouvelles qui seront spécifiques aux lieux. Il n’y a toutefois pas d’improvisation car je prépare bien les choses en amont, et le temps de travail à l’atelier me permet de réfléchir à l’articulation des œuvres et à l’ensemble de l’exposition. Je me souviens bien de t’avoir parlé de cette histoire de monstre et de cheminée. C’est une plaisanterie sérieuse en ce qui concerne la scénographie d’exposition. Le monstre consiste en une pièce imposante, énigmatique ou impressionnante. Et la cheminée est, quant à elle, une verticale qui vient souligner l’espace d’exposition. On avait théorisé cela avec un ami aux beaux-arts… Mais plus sérieusement, je connais pas mal d’artistes qui ont une façon très personnelle d’expérimenter l’espace.

Parmi tes sources d’inspiration, j’ai cru comprendre que tu portais un certain intérêt pour l’art paléolithique…

C’est tout à fait vrai : je porte même un très grand intérêt à l’art paléolithique et à l’art pariétal. Cela tourne parfois à l’obsession. De l’origine mystérieuse de l’art mobilier néolithique découle de nombreuses théories infondées. Le concept de matriarcat développé par Johann Jakob Bachofen, par exemple, propose une vision empreinte de romantisme. Ce dernier la construit en mélangeant les études faites sur les Vénus préhistoriques jusqu’à celles de la mythologie grecque6. J’aime cette idée de circulation des objets (et des œuvres d’art). Il y a là un vrai potentiel narratif et poétique. J’ai récemment travaillé à partir d’une Vénus préhistorique callipyge, la Vénus de Willendorf. J’ai récupéré un fichier 3D sur une base de données libres, et j’ai étiré la figure pour qu’elle devienne une sorte de trait vertical. Cette Vénus ultra-représentative de la préhistoire est pourtant assez mal connue du public. On ne remarque, par exemple, jamais ses bras ou l’absence de ses pieds. Je précise d’ailleurs ici que les objets mobiliers néolithiques n’ont généralement pas de pieds, et que c’est à mon sens une belle métaphore de l’apprentissage de l’homme sur terre. Pour en revenir à mes Vénus sculptées, je leurs ai donc ajouté un élément me permettant de les plugger à des socles. Elles se tiennent ainsi droites tout en étant dans un équilibre précaire.

L’écriture poétique semble également être au centre de tes réflexions. Comment mets-tu ces deux champs d’expérimentation (poésie et arts plastiques) en frottement ? 

Je suis un grand lecteur de Bataille. Son travail littéraire est remarquable. Ses poésies recèlent à mon sens de multiples dimensions et ont toujours à voir avec cette idée de latence. J’ai découvert il y a quelques jours que Georges Bataille et William Faulkner étaient nés et morts à seulement quelques jours d’intervalles… Poétique, non ? L’œuvre de Flauvert  Bouvard et Pécuchet  est sinon très importante pour moi : il y a tout là-dedans… J’ai d’ailleurs vite fait le rapprochement avec mon propre travail. Les deux personnages s’intéressent à tout, poussent leurs projets à l’extrême par passion, et ce jusqu’à l’échec total. Et je fais la même chose… Je dessine, j’écris et je pense chacune de mes sculptures dans un contexte particulier, dans un atelier mental. Et mes réflexions sont toujours contaminées, parasitées par des lubies, même quand il faudrait rationaliser… Bref, tout ça pour dire que j’aime les mots, les idées et que je travaille souvent les formes et les matériaux aussi de façon littéraire.

_
1. Claude Levis-Strauss, La pensée sauvage, Plon, coll. Agora / Pocket, Paris, p. 31.

2. Gustave Flaubert, « À Maxime du Camp », 7 avril 1846, in Correspondance, édition établie par Jean Bruneau, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, 1979, I, p. 261.

3. Charles Baudelaire, « Une Charogne », in Les Fleurs du mal, 25 juin 1857.

4. Résidence Mode d’emploi, www.mode-demploi.org, Tours.

5.  « Foresta Dina », Les Ateliers, Clermont-Ferrand, 2014.

6.  Philippe Bourgeaud (avec Nicole Durisch, Antje Kolde, Grégoire Sommer), La Mythologie du matriarcat : l’atelier de Johann Jakob Bachofen, Genève, Droz, 1999.

_
Une publication sur le travail de l’artiste paraît à l’occasion de l’exposition – co-édition ART & ESSAI, Université Rennes 2 & cultureclub-studio.

A voir également : «et le plancton», Biennale d’art contemporain, commissariat : Isabelle Henrion,  Vern Volume, Vern-Sur-Seiche, 9 sept.-18 oct. 2017

www.francisraynaud.com

_

Vues de la project room « Francis Raynaud, Éther », Galerie Art & Essai – Université Rennes 2, 2017
© Francis Raynaud
photo. gae. Courtesy the artist

CLAIRE CHASSOT, KEVIN HOARAU, JEAN-JULIEN NEY, MÉLANIE VILLEMOT

CE SONT DES MIRAGES DANS DES CHEMISES

14 avril – 25 mai 2017

Plus d'informations...

L’exposition Ce sont des mirages dans des chemises réunit et présente le travail des artistes de la troisième édition de GENERATOR, programme de professionnalisation initié par 40mcube en partenariat avec l’École Européenne Supérieure d’Art de Bretagne. Derrière des formes variées, les recherches qu’ils partagent dans leurs pratiques respectives apparaissent, comme la question du recouvrement, de l’enveloppe et de la surface ; de l’empreinte de l’image, de l’objet et du corps ; de l’enregistrement et de la trace… Ils se réunissent ainsi sous ce titre énigmatique, paroles d’Alain Bashung détournées qui constituent une référence commune.
Claire Chassot associe dans son travail artistique deux pratiques distinctes, celle de la scénographie pour le théâtre et celle de la sculpture, sans que l’une se soumette à l’autre. Intéressée par l’espace, la construction et ses matériaux, elle crée des liens subtils entre ces deux pratiques. Dans le cadre de Ce sont des mirages dans des chemises, elle présente une série de sculptures qui conservent la mémoire des formes et recyclent le matériau d’une performance à venir.
Kevin Hoarau met en place des processus sculpturaux qui sont le fruit d’actions simples et ténues. Chaque étape constitue une œuvre à la fois autonome et en lien avec les autres. Ainsi pour Ce sont des mirages dans des chemises, il présente le moulage de sculptures antérieures, accompagné de leur modèle d’origine.
Jean-Julien Ney base sa production sur une imbrication de sculptures et d’images planes qu’il met en relation. Ses installations hybrident des matériaux et des images relevant aussi bien du registre utilitaire que de celui de la nature. Il emprunte des éléments archaïques comme actuels, reprend des objets industriels existant tout en fabriquant artisanalement d’autres. Pour son intervention dans l’exposition Ce sont des mirages dans des chemises, l’artiste réalise une série de sculptures qui reprennent différents outils ou dispositifs de fabrication et de prise de vue de l’image.
Mélanie Villemot conçoit la peinture au sens large, partant du principe que celle-ci relève autant du domaine artistique que d’une pratique fonctionnelle. Elle prend également en considération les relations singulières qui s’établissent entre les usagers, le produit et le public de cette activité. L’artiste convie régulièrement des personnes ayant une autre pratique de la peinture, comme une esthéticienne spécialisée dans le Nail Art ou un aérographeur. Dans l’exposition Ce sont des mirages dans des chemises, elle présente une spatialisation d‘une peinture de Laszlo Moholy Nagy opérée en deux temps. Deux rideaux plissés rose pâle suspendus face au mur sont traversés par des barres métalliques sur lesquelles sont suspendues des formes géométriques noires, blanches et rouges. Cette peinture tridimensionnelle abandonne pour quelques heures son immobilité lors du vernissage. Les cercles et rectangles se font costumes pour revêtir deux drag queens, personnages/peintures faits de caoutchouc et de maquillage mêlant leur identité à celle de la peinture.

Anne Langlois

_
GENERATOR est soutenu par la région Bretagne, le conseil départemental d’Ille-et-Vilaine, la DRAC Bretagne, la ville de Rennes, l’entreprise Self Signal, la société d’avocats Avoxa et la revue 02.
40mcube fait partie du réseau art contemporain en Bretagne : www.artcontemporainbretagne.org et du Pôle de ressources art contemporain de Bretagne et du réseau national Arts en résidence.

_
Vues de la project room « Ce sont des mirages dans des chemises », Galerie Art & Essai – Université Rennes 2, 2017

© The artists
photo. gae. Courtesy the artists

EX.PDF « Exposer les écritures exposées »

Adrien Abline, Julie Béna, Clélia Berthier, Étienne Bossut, Nicolas Chardon, Claude Closky, Claudia Comte, Guillaume Constantin, Antonio Contador, John Cornu, Bruno Di Rosa, Peter Downsbrough, Ivan Liovik Ebel, Christelle Familiari, Michel François, Ann Guillaume & Tom Bücher, Ann Veronica Janssens, Joséphine Kaeppelin, Isabelle Lartault & Michel Verjux, Quentin Lefranc, Muriel Leray, Claude Lévêque, Jonathan Loppin, Mathieu Mercier, Grégoire Motte, Samir Mougas, Pierre la Police, Éric Pougeau, Marine Provost, Babeth Rambault, Francis Raynaud, Lili Reynaud-Dewar, Claude Rutault, Éléonore Saintagnan, Yann Sérandour, Agnès Thurnauer, Hélène Travert, Mathieu Tremblin, Capucine Vandebrouck, Philémon Vanorlé / Société Volatile, Christophe Viart

Projet labellisé par la MSHB, en partenariat avec le CELLAM / EA3206 Commissariat : label hypothèse

15 décembre 2016 – 16 février 2017

Plus d'informations...

Concept éditorial et curatorial, EX.PDF [EX.Portable Document Format] explore différentes formes d’écritures d’ores et déjà montrées publiquement que ce soit dans un cadre urbain, éditorial ou encore artistique.
En relation avec des pratiques contemporaines, EX.PDF propose un ensemble d’images réunies dans un porte-document. Edité en 15 exemplaires et intimement lié au principe du «Do It», ce dernier a pour vocation d’embrayer plusieurs expositions, sous l’impulsion de différents curateurs au sein de différents lieux d’exposition.
Exponentiel, EX.PDF réunit ainsi plus d’une quarantaine de propositions – croquis, fragments textuels, vues d’expositions, photographies documentaires, caviardages, etc. – qui, chacunes à leur manière, mettent en lumière, au fil des monstrations et des contextes, des effets de sens relatifs aux écritures (ré)exposées.
Ce projet est élaboré en partenariat avec le CELLAM (Centre d’Etudes des Langues et Littératures Anciennes et Modernes de l’Université Rennes 2) dans le cadre du projet EX2, et est labellisé par la MSHB (Maison des sciences de l’homme en Bretagne).

_

Vues de la project room « EX.PDF « Exposer les écritures exposées » », Galerie Art & Essai – Université Rennes 2, 2017
© The artists
photo. gae . Courtesy the artists

AVELINA FUENTES

15 décembre 2016 – 16 février 2017

Plus d'informations...

La Galerie Art & Essai est heureuse de consacrer une project room à l’artiste mexicaine Avelina Fuentes. Lectrice avertie d’ouvrages scientifiques, passionnée par le design, la chimie et la biologie – notamment par les processus de genèse et de morphogenèse –, Avelina Fuentes s’intéresse également aux mathématiques et plus précisément aux représentations visuelles de principes mathématiques. Elle s’attache aux glissements qui peuvent s’opérer d’un univers chiffré vers un univers dessiné, à la façon dont les nombres peuvent devenir des lignes, des formes, des images. L’artiste observe et questionne cette nécessité constante qu’a l’esprit humain de rendre le monde plus compréhensible, d’identifier des récurrences, des motifs, des structures sous-jacentes à toutes choses.
Produite au Mexique, l’installation sculpturale Quintessence (2015) – du latin quinta essentia, « cinquième essence » – propose ainsi cinq volumes élémentaires réalisés en aluminium poli. Étudiés entre autres par Léonard de Vinci, Johannes Kepler ou encore Lorenz Stoër, ces polyèdres, familiers d’apparence, ne sont autres que les fameux solides de Platon ; des solides qui, du temps du philosophe, incarnaient les particules élémentaires de l’univers. Chacun des cinq renvoyait alors à un élément de la nature : le tétraèdre au Feu, le cube à la Terre, l’octaèdre à l’Air, l’icosaèdre à l’Eau, et le dodécaèdre au Tout de par sa ressemblance avec la sphère ; « Tout » qui sera désigné ensuite par Aristote comme étant l’Éther, soit l’élément fondamental de l’univers, aujourd’hui nommé par les astrophysiciens « matière noire » ou « matière sombre ».
Exagérément agrandis par l’artiste, les solides proposent ici un dialogue physique avec l’espace de la project room. Entre ombre et lumière, Quintessence fait en effet autant obstacle, que corps avec son environnement. De par la réflexivité et la brillance de l’aluminium qui la compose, l’œuvre absorbe son lieu, tout en le réfléchissant.

Née en 1983 à Saltillo (Mexique), Avelina Fuentes vit et travaille entre Paris et Saltillo.

_

Vues de la project room « Avelina Fuentes », Galerie Art & Essai – Université Rennes 2, 2017
© Avelina Fuentes
photo. gae. Courtesy the artist

CLÉLIA BERTHIER, PAOLINE PRIOULT & DARTA SIDERE

19 mai – 24 juin 2016  

Plus d'informations...

Cette project room présente le travail sculptural et installatif de Clélia Berthier, Darta Sidere et Paoline Prioult qui, chacune à leur manière, proposent un détournement des usages habituels des matériaux qu’elles utilisent afin d’expérimenter le champ des possibles.
La première salle réunit Hubble, une pièce murale d’envergure de Clélia Berthier, et des propositions sculpturales en pierre de Darta Sidere.
Aisément reconnaissables, parce que familiers et issus de la sphère du bricolage, les matériaux utilisés par Clélia Berthier sont choisis pour leurs propriétés physiques, leurs caractères plastiques : formes, couleurs, textures. Au gré de ses expérimentations, l’artiste met en œuvre différents rapports de forces. Elle soumet ainsi aussi bien le métal, le cuivre que la mousse polyuréthane à l’épreuve du feu dans le but de rendre visible cette exposition. Elle révèle les marques laissées par ses actions dans la matière, tout en mettant à profit les éventuels accidents, ce qui ne peut être complètement anticipé, ce qui échappe lorsque l’expérimentation prend le pas sur les intentions. Chauffés, brûlés, impactés en leur centre, les formats en cuivre de Hubble se parent ainsi de mille reflets moirés, comme autant de nébuleuses célestes, d’images aléatoires venues d’ailleurs.
En vis-à-vis, le visiteur découvre Dissection du Lithops, un ensemble de deux sculptures produites en kersantite (pierre bretonne proche du granite) et en pierre calcaire de Richemont, placées à même une estrade en bois ; ainsi qu’Autoportrait (la dent cassée) taillé dans du marbre de Carrare, présenté sur une étagère murale. À mi-chemin entre figuration et abstraction, le travail de Darta Sidere s’attache à présenter le corps telle une matière plastique, la peau telle une membrane sensible séparant l’individu et le monde extérieur. Avec Dissection du Lithops (du grec « lithos », pierre et « opsis », apparence), il est question de se consacrer à l’étude de la peau d’une plante du même nom, appelée couramment « plante caillou » en raison de son apparence. Sculptés dans des blocs de pierre, les deux fragments proposent donc un retournement, et s’exposent tels de fascinants spécimens fossiles surdimensionnés. Au- delà de la transsubstantiation, l’artiste développe une logique haptique, une invitation à toucher du regard leur surface tantôt veinée, tantôt lisse. Organique toujours, l’Autoportrait (la dent cassée) consiste, quant à lui, en une représentation autobiographique figée dans du marbre blanc soit un majestueux fragment de dent cassée à valeur d’autoportrait.
Lauréate d’une Dinée organisée par La Collective* en collaboration avec l’association & (esperluette)** au sein de l’EESAB en décembre 2015, Paoline Prioult investit la seconde salle de la project room avec une installation sculpturale et lumineuse composée de plaques de cire rétroéclairées, posées à champ sur des estrades qui prolongent celle présente dans la première salle. Matériaux de prédilection de l’artiste, servant habituellement à confectionner des moules en vue d’obtenir des tirages en bronze (technique de la cire perdue), la cire se voit ici exploitée pour elle-même. L’artiste explore en effet les possibilités offertes par le médium : malléabilité, plasticité, effets de textures, jeux de transparences et d’opacités, reliefs et profondeurs. Intéressée par le groupe Support/Surface, Paoline Prioult déplace certaines des problématiques picturales dans le champ sculptural, tout en donnant à voir une nouvelle approche du colorfield. Les différents panneaux de cire teintée dans la masse, parfois légèrement superposés les uns aux autres, déploient ainsi au gré de leurs associations une large palette colorée dans l’espace. Les tubes fluorescents, que l’on devine à l’arrière, accentuent de plus la diffraction sur les murs, et ce faisant renforcent, de manière sensible, l’interaction avec le lieu de présentation.

Née en 1991 à Vitré, Clélia Berthier vit et travaille à Rennes.
Née en 1993 à Caen, Paoline Prioult vit et travaille à Rennes.
Née en 1990 à Riga (Lettonie), Darta Sidere vit et travaille à Rennes.

_
* La Collective est un groupement d’artistes qui a pour but de promouvoir la jeune création contemporaine, en favorisant la production, le soutien et la diffusion des œuvres. Trois projets artistiques sont ainsi présentés au public lors d’un dîner afin de les soumettre à un micro-financement.
** Constituée au sein de la Galerie Art & Essai, l’association & (esperluette) propose une aide à la production et à la diffusion de la jeune création.
_
Vues de la project room « Clélia Berthier, Paoline Prioult, Darta Sidere », Galerie Art & Essai – Université Rennes 2, 2016

© The artists
photo. gae. Courtesy the artists

VOIR L’EXPOSITION

Commissariat : Remi Parcollet, en partenariat avec Documents d’Artistes Bretagne et le Réseau documents d’artistes

12 février - 10 mars 2016

Plus d'informations...

« Voir l’exposition » fait suite à une invitation éditoriale du Réseau documents d’artistes à Remi Parcollet pour le site reseau-dda.org. Remi Parcollet travaille sur l’histoire des expositions à partir d’approches contemporaines des archives visuelles. En s’appuyant sur le large corpus d’artistes représentés sur les sites Documents d’artistes en régions PACA, Bretagne, Rhône-Alpes et Aquitaine, il a poursuivi son analyse de la documentation photographique des œuvres en situation d’exposition dans le contexte d’une base de données en ligne.
Une reproduction photographique est à l’évidence un moyen de connaissance d’une œuvre. Mais la question de la documentation par la photographie des œuvres en situation d’exposition appelle une réflexion plus large sur la photographie comme outil dans le travail de création, qui dépasse les enjeux de conservation, de diffusion et de médiation. Une photographie de vue d’exposition n’est jamais une reproduction, elle se détermine en fonction du temps et de l’espace. Elle est un outil documentaire, après, pendant et même avant l’exposition. La mise en photographie dont l’exposition a toujours fait l’objet permet les « comparaisons » et « vérifications » qui influent, par voie de conséquence, sur sa conception. Dans le contexte de l’éphémère, ces photographies d’expositions, bien souvent substituées aux souvenirs, ne peuvent plus être envisagées comme un médium transparent.
La multiplication des supports de publication et de diffusion de cette documentation  photographique, en particulier avec Internet, facilite la médiatisation de l’exposition mais aussi son archivage et même sa patrimonialisation. Ce qui n’est pas sans conséquence sur la perception de l’œuvre d’art. On assiste à une décontextualisation impliquant une réinterprétation qui risque bien souvent de modifier la nature de l’œuvre ou le propos de l’auteur.
Documents d’artistes constitue dans les régions PACA, Bretagne, Rhône-Alpes et Aquitaine, une plateforme de référence pour les artistes et une ressource pour les professionnels. Ces bases de données ont la particularité d’être élaborées en dialogue avec les artistes. Concernant la diversité des pratiques artistiques d’aujourd’hui dans leurs rapports à l’exposition, il est singulièrement révélateur d’y observer la place et le rôle des photographies d’expositions notamment vis à vis d’autres documents : photographies d’œuvres, reproductions, notes descriptives, textes, extraits vidéo et sonores.
Une première approche de ces questions a été développée dans le cadre d’une invitation éditoriale du Réseau documents d’artistes. Cette publication numérique intitulée « Voir l’exposition » a révélé un ensemble de réflexions de nature pragmatique appelant un projet curatorial éponyme.
Transposer une base de données comme Documents d’artistes sous forme d’exposition permet par un exercice de mise en abîme et de corrélation, de penser les enjeux de représentation des œuvres exposées, de diffusion en ligne et de dématérialisation. L’Atlas Mnemosyne d’Aby Warburg est très certainement un ancêtre des bases de données d’images d’aujourd’hui. Il était destiné à rendre visibles les rapports entre différentes formes, cultures et périodes par la force du montage d’une Histoire de l’art sans texte, le vide qui séparait les images comptait tout autant. Warburg évoquait une « iconologie de l’intervalle » où le vide est un espace de pensée. À la même période Heinrich Wölfflin a initié la pratique de l’historien de l’art par une méthode de comparaison des œuvres pour développer une typologie des styles, basée sur l’usage d’une double projection simultanée de diapositives.
La mise en relation des documents, l’élaboration de correspondances, l’analogie, sont ainsi au cœur de la méthodologie en Histoire de l’art. Rapprocher non plus seulement des documents mais des œuvres dans un lieu, un environnement, avec l’objectif de créer du sens, voire de formaliser un discours, correspond à une autre pratique, qui entre alors en résonance, celle du commissaire ou du curateur.
« Voir l’exposition » s’inscrit comme un dispositif de monstration. À l’inverse d’une tentative d’exposition dématérialisée, cette mise en espace d’une base de données documentaires évolue de manière processuelle proposant non plus l’expérience de l’œuvre elle-même mais celle de sa perception lorsqu’elle est exposée à la lumière et aux regards, de sa polysémie et de son image définies au travers du temps et de l’espace. Le musée imaginaire de Malraux n’avait pas de mur et les images digitales n’ont pas de consistance. Mais voir l’exposition, et pas seulement les œuvres, nécessite une expérience tangible et réflexive, une mise en abîme orchestrée pour transcender le document. Extraire des images, les imprimer pour les inscrire puis les déplacer sur le mur permet de constituer, au-delà de l’interface numérique, de nouvelles configurations, des constellations dont le mouvement entraîne un renouvellement du regard sur les œuvres exposées.

Remi Parcollet

_
Voir la publication numérique de Remi Parcollet sur le site du Réseau documents d’artistes : Invitations éditoriales – Rémi Parcollet

_
Voir l’entretien filmé de Remi Parcollet : Cliquez ici
_

Vues de la project room « Voir l’exposition », Galerie Art & Essai – Université Rennes 2, 2016
© The artists
photo. gae. Courtesy the artists

AURÉLIE GODARD

12 février – 10 mars 2016

Plus d'informations...

A l’occasion de l’inauguration du 1% artistique d’Aurélie Godard sur le campus Villejean de l’Université Rennes 2, la Galerie Art & Essai est heureuse de consacrer une project room à l’artiste.
Formée à la Villa Arson de Nice puis à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, Aurélie Godard développe, depuis plus d’une dizaine d’années maintenant, son travail principalement du côté de la sculpture et de l’installation, tout en menant une réflexion sur la peinture.
Captivée par les questions d’espace et d’échelle, l’artiste présente à la Galerie Art & Essai une proposition spécifique qui prolonge un tissu de relations et d’influences déjà présent dans ses productions antérieures. Autant maquettes que productions sculpturales, les œuvres exposées oscillent ainsi entre différents paradigmes, et affichent un caractère bricolé qui leur confèrent un potentiel de transformation et de narration. Des chaises, réalisées à l’aide de plaques BA13 hydrofuge vert pâle, sont ainsi installées le long des murs comme dans une salle d’attente, tandis que prend place, au centre de l’espace, une tour verticale démesurée, également produite en BA13, arborant un relief quasi cinétique. Rompue à l’exercice, Aurélie Godard se livre ici à une nouvelle construction de mémoire de maquettes de bâtiments modernes. L’hommage est cette fois rendu à l’un des immeubles élevé square des Hautes-Ourmes à Rennes par Georges Maillols, dans les années 1950. Inspiré par Le Corbusier et le mouvement du Bauhaus, et impliqué dans quelques 140 projets de construction à Rennes, cet architecte des « Trente glorieuses » avait pour optique d’élever l’immeuble le plus haut de la ville.
Loin toutefois de vouloir produire une maquette réaliste, Aurélie Godard propose au sein de la project room une adaptation architecturale libre et libérée.

Née en 1979 à Rennes, Aurélie Godard vit et travaille à Paris.

_
Voir également : « Entre Autres », 1% artistique, bâtiment S, Université Rennes 2, Commande réalisée dans le cadre de l’obligation de décoration des constructions publiques conformément au décret n°2002-677 du 29 avril 2002, modifié

Pour plus d’informations : Aurélie Godard
_

Vues de la project room « Aurelie Godard », Galerie Art & Essai – Université Rennes 2, 2016
© Aurelie Godard
photo. gae. Courtesy the artist

JÉRÉMY DEMESTER

27 novembre 2015 – 22 janvier 2016

Plus d'informations...

Pour sa project room à la Galerie Art & Essai, Jérémy Demester présente ses toutes dernières productions picturales intitulées Vin d’Anjou : trois tableaux de format orthogonal, couverts de nombreuses couches de peinture et glacis industriels. Tous sont fixés sur des châssis en laiton qui, tantôt se détachent de la surface murale pour s’incliner d’un côté ou de l’autre, tantôt reposent sur deux doigts en bronze. Comme dotés d’une pulsation propre, ces tableaux métalliques, de prime abord monochromes, s’animent de reflets holographiques au gré des déplacements du visiteur, et de la lumière qui les nourrit. Pièges visuels, objets alchimiques, surfaces mirifiques, ces peintures nous captivent en déclinant de subtiles variations colorées allant du gris au bleu, en passant par le rose et l’or. Un ensemble de gravures, cette fois figuratives, sont montrées en regard : des « vierges éparpillées », « des madones pointillistes, qui [pour reprendre les propos de Richard Leydier] donnent la sensation d’être constituées de pigments qu’un simple souffle suffirait à faire disparaitre de la surface du papier ». « En réalité [nous dit l’artiste] lors de son assomption, le corps de la Vierge exploserait dans l’espace, révélant ses viscères ». Ainsi, des toiles holographiques aux gravures, Jérémy Demester poursuit son projet qui est de peindre la couleur de nos sangs.

Jérémy Demester vit et travaille à Paris. Récompensé par le Prix « Aurige Finance » en 2014 et tout récemment par le Prix des Félicités des Beaux-arts de Paris, il a fait partie de l’exposition collective « Minéral » en juin dernier à la galerie Max Hetzler de Paris. Jérémy Demester expose actuellement à l’ENSBA de Paris, dans le cadre de l’exposition collective « Les Voyageurs » (commissaire : Hou Hanru, jusqu’au 3 janvier 2016) ; ainsi qu’au musée de la Fondation Zinsou à Ouidah au Bénin, dans le cadre d’une exposition personnelle, « Original Zeke » (jusqu’au 10 janvier 2016).
_

Vues de la project room « Jérémy Demester », Galerie Art & Essai – Université Rennes 2, 2016
© Jérémy Demester
photo. gae. Courtesy the artist

LOUISE BOSSUT

30 avril – 19 juin 2015

Plus d'informations...

Louise Bossut puise son inspiration dans la sphère muséale et la consultation de catalogues et d’ouvrages artistiques. Cet héritage commun que forme notre culture et les sujets récurrents de la tradition picturale (portraits, nus, natures-mortes, paysages, scènes de genres) nourrissent et infusent toute sa recherche photographique. La chambre grand format, qu’elle découvre durant ses études à La Cambre (Bruxelles), offre à ses images une qualité plastique et une remarquable précision qui pourrait s’apparenter à une pratique de la peinture à l’huile. Pareil à un peintre face à son chevalet, Louise Bossut prend son temps, analyse, cadre notre époque avec patience et minutie.

_
Née en 1979 à Feurs (France), Louise Bossut est diplômée de l’ENSAV – École Nationale des Arts Visuels La Cambre à Bruxelles (Belgique). Elle y vit et travaille. Son travail a été montré au sein d’expositions personnelles et collectives notamment : à la Chapelle de Boondael à Bruxelles, à la Galerie Alain Gutharc à Paris, au Musée Cognacq-Jay à Paris, dans le cadre des rencontres photographiques d’Arles (Voix off), au Salon de Montrouge, au Centre d’art Le hangar à Bananes à Nantes, au Musée de l’Abbaye à Saint-Claude, au BPS22 à Charleroi, au Musée des Beaux-Arts de La Roche/Yon.Louise Bossut expose actuellement au Centre d’art contemporain de Meymac dans le cadre de l’exposition collective « L’arbre, le bois, la forêt » (22 mars-21 juin 2015).
Une exposition personnelle lui sera prochainement consacrée au VOG-Centre d’art contemporain de Fontaine (21 mai-27 juin 2015).

www.louisebossut.be

_
 

Vues de la project room « Louise Bossut », Galerie Art & Essai – Université Rennes 2, 2015
© Louise Bossut
photo. gae. Courtesy the artist