DENIS BRIAND

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« Ne pas attendre à ne rien faire »

Commissariat : Mathilde Dupré et Marion Hohlfeldt

31 janvier – 5 mars 2020

Vernissage le jeudi 30 janvier à 18h

 

Dessin, peinture, volume, vidéo… c’est par un parti pris de la diversité – celle des formes, des techniques, des médiums – que l’œuvre de Denis Briand s’est développée. Cette diversité participe également des registres a priori disparates auxquels le travail se réfère : bande dessinée, abstraction picturale, cartographie, géopolitique… L’exposition présente les pistes nombreuses que l’œuvre a suivies pour faire percevoir les logiques souterraines qui s’y expriment et la part qu’y prennent les jeux de langage.

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Le peintre peut décider que lor viendra illuminer le cacao

Depuis 1989, Denis Briand compose une série de petits formats de bois et de carton sur lesquels s’étalent des reliquats d’activités picturales : fonds de pots de peinture et essuyages de pinceaux. Comme en cuisine, l’idée est de ne pas laisser perdre les restes. Ces Essuyages et ratages composent depuis lors une sorte d’articulation du travail entre investigation artistique et recherche théorique en Arts plastiques.

Au départ DB peint, tout en s’interrogeant sur ce geste. Il démonte ensuite le tableau pour en analyser ses constituants : le châssis, la toile, la couleur, l’image. Ce travail tente de montrer d’hypothétiques réponses plastiques à des questions telles que : « Quelle est la différence entre peindre et essuyer son pinceau ? Comment faire de la couleur sans peinture ? Comment faire une toile sans sujet ? Comment faire de la peinture sans toile ? Ou, plus largement, que faire en art ? »

Cette série des Essuyages et ratages donne naissance à une liste d’anagrammes créée à partir de l’énoncé « RESTE DE PEINTURE ». Celles-ci semblent alors révéler les différentes significations que la première phrase contient implicitement : « durée très peinte », « désir nu et répété », « tendre et épuiser », « site du repère net ». Lire un tableau est-ce comme lire des mots peints ?

Au sein d’une pratique qui demeure ouverte, aujourd’hui DB reste « attaché » à la peinture et au tableau comme motif, accordant toujours un intérêt particulier à la dimension chromatique. La couleur s’étale, dessine, révèle, couvre, recouvre, dissimule. Comme les anagrammes, ses œuvres se composent et se décomposent pour se rassembler ailleurs, ou plus tard, sous une autre configuration. Conservant parfois une dimension expérimentale, elles sont toujours en devenir. Une certaine hétérogénéité des travaux crée l’impression d’un registre dans lequel sont consignés des faits jour après jour, comme dans un carnet de bord, à la manière d’un feuilletage qui procède à la fois de l’empilement de textes et d’images, et de la consultation de pages illustrées que l’on tourne sans s’attarder.

Depuis longtemps, Denis Briand est sensible aux images des situations de conflits, de troubles politiques, d’actes de guerre et de terrorisme. De plus, une attention pour le document imprimé a généré de multiples petites collections d’images et d’illustrations où se retrouvent ces situations, qu’elles proviennent de bandes dessinées, de coupures de presse, de manuels scolaires, de livres de géographie, de cartes ou d’atlas.

L’évocation de la frontière, lieu privilégié de ces troubles, s’est concrétisée par la confection de petites maquettes ou de dessins de postes-frontières et par le tracé de cartes « muettes ». Ces dernières sont associées à une nomenclature de nuanciers aux couleurs vives ou douces et de signes ou symboles cartographiques. Ce travail éminemment graphique, mais là encore très pictural, se complète par l’énonciation de noms de pays, inscrits sur des vestes militaires ou de grandes nappes dressées qui invitent à la « table des négociations ». Ces travaux ne sont pas étrangers à la question des frontières de l’art et de la portée de l’acte artistique. À part les bords du tableau, où sont ses limites ? L’expérience de direction et de commissariat d’exposition à la galerie Art & Essai de l’université Rennes 2, et la proximité avec le travail de certains artistes, ont accentué cette préoccupation.

Des œuvres plus récentes, en réaction à des turbulences économiques ou des revendications sociales, ont incité DB à renouer avec l’utilisation de matériaux non conventionnels dans le domaine artistique, mais emblématiques, comme le cacao ou la poudre explosive.

La présence récurrente de l’écriture et de l’image dans son travail, le passage de l’une à l’autre, leur mélange ou leur superposition semble indiquer une impossibilité de choisir entre les deux ou peut-être la nécessité presque vitale de les faire exister ensemble.

Les essuyages et ratages sont aussi les malheurs de tout un chacun. Lorsque l’on s’intéresse aux jeux de substitutions textuelles, il suffit de changer une lettre pour passer de la couleur à la douleur. Denis Briand se décrit souvent comme un bricoleur. Cependant, ses travaux manuels nous éclairent très sérieusement sur la nature du monde, tout en nuances. À des éléments presque affectifs, des petites collections d’images, de lectures, de souvenirs, se superposent des évènements violents du monde.

La vie est faite de ténèbres et de lumière mais on n’en choisit pas l’ordre dapparition. En revanche le peintre peut décider que lor viendra illuminer le cacao !

MD

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« Ne pas attendre à ne rien faire » est organisée est parallèle de l’exposition « Denis Briand : travaux imprimés » présentée au Cabinet du livre d’artiste du 30 janvier au 5 mars 2020.

Un colloque intitulé « … intéressé par la peinture sans jamais m’y résoudre tout à fait » sera consacré à son travail d’artiste et de chercheur. Il aura lieu à la MSHB les 30 et 31 janvier 2020.

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Image : © Ernst Fesseler, 1990